(ProgrammeCandyce)=

# Le programme Candyce

**Financement proposé : top-down, 12 M€\***.\*

**Durée : trois ans à l’issue desquels une évaluation sera faite pour engager
deux années de plus avec des financements complémentaires à prendre sur les
fonds de réserve, AAP et AMI du PEPR**

Ce programme s’inscrit dans la volonté de l’État de retrouver sa souveraineté
sur les infrastructures logicielles, condition préalable pour la maîtrise à long
terme des contenus par les communautés pédagogiques sous gouvernance des
établissements publics et de l’État ainsi que la maîtrise de la création de
valeur par l’exploitation des données générées, aussi bien au niveau du scolaire
que du supérieur. Il s’inscrit plus particulièrement dans la continuité des
États Généraux du Numérique Éducatif dont la synthèse propose de: « Favoriser le
développement d’un numérique responsable et souverain », dans la proposition
n°38, d’« Encourager l’utilisation de logiciels et de ressources éducatives
libres » et dans la proposition n°10 «  Favoriser les projets associant
chercheurs et enseignants pour une conception collaborative d’outils adaptés aux
besoins de la communauté éducative et une analyse de leurs usages ».

Il s’appuie aussi sur les recommandations du rapport Unesco « Rethinking
Pedagogy : Exploring the Potential of Digital Technology in Achieving Quality
Education » (Mochizuki & Bruillard-2019).

_Candyce – CArnets Numériques DYnamiques, interactifs et Collaboratifs pour
l’Enseignement – est un projet d’infrastructure numérique souveraine, basée sur
le logiciel libre et notamment l’environnement interactif Jupyter, pour
l’enseignement des et par les sciences du numérique, à tous les niveaux du
primaire au supérieur, dans les disciplines scientifiques et au-delà. Candyce a
pour ambition d’offrir un observatoire des usages pour alimenter la recherche en
sciences du numérique, sciences de l’éducation et de la formation, sciences
humaines et sociales et sciences cognitives._

À ce jour, le programme regroupe un nombre important de partenaires publics
associés à la maîtrise d’ouvrage portée par Inria et à la maîtrise d’œuvre
portée par l’Université Paris-Saclay :

- Direction du Numérique pour l’Éducation (DNE) :

- Académie de Paris,

<!-- -->

- France Université Numérique (FUN)

<!-- -->

- Université de Lorraine, laboratoire Loria

<!-- -->

- École Polytechnique, CentraleSupélec, CNAM, ENSAM (DemoES JENII),

- Université de Grenoble Alpes (GRICAD), Université de la Polynésie Française,
  Université de Rennes 1 (DemoES AIR) et Rennes 2 (CREAD, Centre de Recherche
  sur l’éducation les Apprentissages et la Didactique et GIS M@rsouin),

- Personaldata&#46;io, Hestia&#46;ai.

Le développent du socle logiciel sera confié à un prestataire privé expert de
Jupyter et du logiciel libre.

## Enjeux

Le numérique fait aujourd’hui partie intégrante du quotidien des citoyen.ne.s,
et l’interaction avec les technologies numériques est une composante
fondamentale de l'expérience d’apprentissage, depuis l'initiation aux sciences
jusqu'à la construction du savoir. Les programmes scolaires ont fortement évolué
pour en tenir compte : l'informatique est introduite dès le plus jeune âge, et
l'enseignement par et au numérique est mobilisé tout au long de la scolarité
puis des études.

Cependant, l’outillage des établissements d’enseignement et de recherche reste
très hétérogène, voire inexistant, ou dépendant de solutions propriétaires
déployées notamment par les géants américains du numérique. Cette situation
conduit à une duplication d'efforts, complique les collaborations, quand elle
n'induit pas une perte de maîtrise des données.

**Dans ce cadre, nous proposons le développement d’une infrastructure logicielle
libre, _Candyce_, pour les enseignantes et enseignants, les élèves, et les
étudiantes et étudiants, co-construite, frugale, souveraine et basée sur les
logiciels libres et notamment les environnements et carnets interactifs
(notebooks) Jupyter initialement conçus dans un cadre scientifique (voir [Annexe
1: L'écosystème Jupyter](#\_Annexe_1 :)).** L’infrastructure Candyce se décline
en termes de conditions d’accès, de contenus et de programmes pédagogiques dans
des plates-formes opérationnelles dédiées pour le lycée (dont lycées
professionnels et lycées français à l’étranger), le collège, voire le primaire
et pour l’enseignement supérieur et la recherche. Ce programme top-down vient en
soutien d’une tendance de fond bottom-up : **il s’appuie sur de nombreuses
expériences à petites et moyennes échelles en conditions réelles dans le
scolaire et le supérieur, et notamment la pépite Capytale (voir
[Section III](#iii--articulation-avec-les-plateformes-existantes-notamment-capytale))
déjà utilisée par le corps enseignant pour plus de cent soixante mille lycéennes
et lycéens, dans toute la France.**

L’infrastructure Candyce est un complément indispensable aujourd’hui aux Espaces
Numériques de Travail (ENT) ou Learning Management Systems (LMS) existants et
déjà déployés dans les établissements. Elle vient s’y intégrer en apportant une
réponse à des besoins spécifiques des enseignants et enseignantes et offre de
nouvelles expériences d’apprentissage par des interactions plus riches entre
narration, interaction, calcul, programmation et collaboration : sur la base
d’un simple accès via un navigateur web, **Candyce met le numérique scientifique
au bout des doigts des équipes pédagogiques et des apprenantes et apprenants,
via des environnements dédiés interactifs et collaboratifs**.

Candyce se pense également en réponse au besoin de fédération à l'échelle
européenne pour proposer des **infrastructures libres et souveraines** fortes
dans le domaine de l’éducation et de la formation tout au long de la vie.
Candyce est à envisager dès le lancement comme socle pour une future
infrastructure européenne, s’appuyant sur le savoir-faire européen pour le
développement logiciel libre, l’hébergement et l’opération d’infrastructure
Cloud, et offrant une alternative viable, innovante et souveraine aux services
déjà existants des GAFAM et BATX comme « Colaboratory » de Google ou encore
« SageMaker » d'Amazon. Elle est indispensable pour conserver la maîtrise de
notre capacité formative au moment où les hyperscalaires du numérique tentent de
s'accaparer le secteur.

## Missions

La première mission de Candyce est de **promouvoir et développer l’utilisation
éclairée du numérique scientifique comme objet et comme outil au service de
l’enseignement de toutes les disciplines :**

- **Permettre la généralisation de pratiques éprouvées sur le terrain pour
  enseigner et apprendre les sciences du numérique au lycée et dans le
  supérieur ;**

- **Mener des expérimentations pédagogiques autour d’usages innovants du
  numérique scientifique** (simulation, visualisation, exploration de données
  par exemple à l’aide de cartes interactives, etc.) **au service de toutes les
  disciplines, ainsi qu’au collège et au primaire ;**

- **Favoriser le rapprochement entre enseignement et recherche et entre
  cycles**, favorisant notamment la percolation d’usages innovants, par exemple
  venant des humanités numériques et des sciences humaines et sociales.

La seconde mission de Candyce est d’**offrir un observatoire des usages** : par
son déploiement opérationnel et les activités qu’elle permet de mettre en œuvre,
l’infrastructure Candyce permet d’observer, mesurer et analyser, _in vivo_ et à
large échelle, les phases d’apprentissage à partir des traces laissées par les
apprenants et de participer à la collecte de données pour alimenter le
programmes « Données » du PEPR (plateforme des données de l’éducation et du
supérieur) pour la recherche en sciences de l’éducation et en environnements
informatiques pour l’apprentissage humain.

La finalité de ce programme « Données » est d’accompagner plus efficacement les
enseignants et les apprenants — notamment en termes d’individualisation des
d’apprentissages — et d’améliorer la performance de notre système de formation
en donnant la possibilité aux enseignants, chercheurs et professionnels de
l’éducation des institutions publiques et privées (Edtechs, associations),
ensemble, d’innover et de proposer des services et ressources à forte valeur
ajoutée.

Compte-tenu de l’importance primordiale de la donnée et de l’IA dans les
dispositifs liés à l’éducation et à la formation tout au long de la vie,
notamment au plan économique, le volet « Accélération » du PEPR est l’occasion
de poser les contours d’un groupe de travail chargé d’identifier les modèles
économiques éthiques et acceptables permettant aux Edtechs et à la communauté du
libre de valoriser leurs actions.

**La troisième mission de Candyce est de soutenir la souveraineté académique et
technologique**, en investissant dans une technologie clé (Jupyter), un commun
en pleine expansion[1] au service de toute la société — recherche, industrie,
société civile, citoyennes et citoyens — pour en orienter les évolutions et la
gouvernance, et plus généralement pour soutenir l’écosystème du logiciel
scientifique libre.

## Ambitions

**Réaliser ces missions en portant des valeurs exigeantes :**

- **Éthique, souveraineté, ouverture et inclusivité** (voir ci-dessous)

- **Mixité et diversité** des équipes impliquées à tous les niveaux du
  programme, autant que possible

- **Sobriété numérique** afin de s’inscrire pleinement dans la transition
  écologique. Il est indispensable qu’un projet d’une telle ampleur maîtrise dès
  son lancement son impact environnemental, à la fois en interne (impact du
  déploiement de la plateforme) et en externe (par exemple permettre l’usage de
  matériel utilisateur ancien pour lutter contre l’obsolescence programmée).
  Cette frugalité en ressources (permettant son usage sur du matériel ancien, ou
  avec réseau intermittent) combinée avec la simplicité de déploiement sur le
  terrain « zéro installation » sera aussi un levier pour **réduire la fracture
  numérique**.

- **Interopérabilité et agnosticisme technologique** pour assurer la polyvalence
  de l’infrastructure cible et maximiser l’autonomie de ses utilisateurs : par
  exemple, les équipes pédagogiques doivent pouvoir choisir les logiciels et
  ressources utilisées en fonctions de leurs objectifs pédagogiques (et, le cas
  échéant, du cadrage institutionnel) et non de contraintes imposées par
  l’infrastructure.

- **Science Ouverte** : Candyce s’inscrit dans le mouvement pour la Science
  Ouverte, promouvant notamment l’utilisation, la création et le partage de
  logiciels et de ressources pédagogiques libres. Et pour commencer, les
  productions financées dans le cadre de Candyce, logiciels, ressources
  pédagogiques, publications, etc, seront mises à disposition sous licence
  libre. Plus généralement Candyce promeut une science pluridisciplinaire,
  coopérative, ouverte à tous les acteurs et multi-échelles.

- **Gouvernance participative :** qu'il s'agisse du déploiement dans le
  secondaire ou le supérieur, la réussite du projet Candyce reposera sur la
  co-conception et la co-construction, avec un déploiement agile et itératif et
  une implication forte des utilisateurs à tous les stades de la conception à la
  réalisation. Il sera ainsi crucial de construire une communauté d'utilisateurs
  et d’acteurs pionniers, qui deviendront partie prenante de la construction de
  Candyce.

**Concilier éthique, protection et valorisation des traces d’apprentissage :**

L’objectif des porteurs du projet est de dépasser les exigences communautaires
légales (RGPD), avec une gouvernance adaptée, éthique et pédagogique, pour
considérer les enjeux de protection de la vie privée et d’acculturation des
utilisateurs, ainsi que les enjeux de valorisation de la donnée, en les
conciliant avec les usages légitimes en termes de recherche scientifiques (open
science), ou d’exploitation en vue de développement de nouveaux services (open
data).

Le consortium pourra s’appuyer notamment sur le Comité d’éthique pour les
données d’éducation du Ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et des
sports (MENJS) et/ou le Comité opérationnel d'évaluation des risques légaux et
éthiques d’Inria, les Administratrice et Administrateur ministériels de la
donnée, des algorithmes et du code du Ministère de l’enseignement supérieur, de
la recherche et de l’innovation et du MENJS.

**Maîtriser l’impact environnemental :**

Dès le lancement du projet, une sensibilisation aux impacts environnementaux du
numérique sera organisée pour l’ensemble des acteurs impliqués dans la mise en
œuvre.

La conception et le développement de l’infrastructure Candyce suivra les bonnes
pratiques du
[référentiel général d’écoconception de la DINUM](https://ecoresponsable.numerique.gouv.fr/publications/referentiel-general-ecoconception/).
Un audit sur le respect de ces bonnes pratiques sera établi et le rapport
d’audit sera communiqué comme livrable à l’issue du déploiement.

Dès la mise en production de l’infrastructure, des sondes de métrologie seront
mises en place pour suivre la consommation électrique de cette dernière. Des
alertes seront associées pour mettre en œuvre des actions suite à une évolution
de cette consommation (pic de trafic, mise à jour plus frugale de
l’infrastructure, etc.). Des campagnes de mesure de la consommation de
ressources sur terminal (énergétiques, CPU, RAM, temps d’exécutions) seront
également mise en œuvre, et serviront à valider que les outils mis en place sont
utilisables sur du matériel ancien, avec des faibles débits de connexion, dans
un esprit de sobriété. Ces indicateurs seront rendus publics sur les supports de
communication du PEPR.

**Porter des innovations technologiques ambitieuses** pour permettre
notamment la réalisation des objectifs techniques suivants:

- **l’accessibilité,**

- **la collaboration temps réel,**

- **des environnements logiciels configurables,**

- **la gestion des devoirs,**

- **le passage à la très grande échelle.**

## Défis scientifiques

L'observatoire des usages de Candyce permet d'offrir à la communauté
scientifique une opportunité exceptionnelle par la diversité des contextes
éducatifs observés, la multiplicité des disciplines enseignées, la variété des
données collectées (données d'usage, données d'interactions, traces
d’apprentissage, données de performance, données de profil, ...) ; il permet
d'observer, modéliser, analyser et donc mieux comprendre l'apprentissage en
situation réelle. En effet, l’analytique de l’apprentissage se situe à la
convergence de l’apprentissage (par exemple, recherche en sciences de
l'éducation et de la formation, sciences de l’apprentissage et de l’évaluation,
technologie éducative / EIAH), de l’analyse (par exemple, informatique,
visualisation, statistiques, science des données, fouille de données,
intelligence artificielle) et de la conception centrée sur l’humain (par
exemple, utilisabilité, conception participative, ergonomie). La collecte,
l’analyse, la représentation et la modélisation de données éducatives
constituent un domaine de recherche pluridisciplinaire et dynamique, comme en
témoignent notamment les conférences annuelles LAK (_Learning Analytics and
Knowledge_) et EDM (_Educational Data Mining_).

Un défi, liant conception pédagogique et analytique de l’apprentissage, est de
déterminer parmi les données collectées quelles données sont significatives dans
un contexte spécifique et de les interpréter de manière pertinente sans
information complémentaire sur la conception pédagogique (intentions
pédagogiques, activités, scénarios).

Les recherches menées permettront notamment de fournir des retours informés
(fondés sur la preuve) sur les scenarii pédagogiques ou les activités
d’apprentissage mis en œuvre. Il s'agit par exemple de concevoir des algorithmes
de fouille de données séquentielles et hétérogènes capables d'exploiter et
modéliser les données de Candyce.

Grâce à l'interopérabilité des données et à l'interaction avec le WP 2
« Données », il sera possible de considérer d'autres sources et d'autres types
de données (données académiques, données physiologiques riches, données
statistiques par exemple) et de s'attaquer aux verrous actuels liés à la fouille
de données multi-sources, de temporalité, granularité et représentativité
différentes.

Fournir des explications et de la transparence — en exposant le raisonnement et
les données exploitées justifiant un diagnostic, une recommandation ou une
décision — est un défi pour les approches utilisant des algorithmes
d’apprentissage automatique. En effet, un enjeu de l’utilisation et de la
généralisation d’outils d’analytique de l’apprentissage se situe au niveau de la
compréhension des méthodes et des algorithmes utilisés (Intelligence
Artificielle explicable) ; l'environnement proposé par Candyce permettra de
s'attaquer à cette question et de mobiliser une communauté d'enseignants et
d'apprenants pour en évaluer l'impact.

La recherche sur les environnements d’apprentissage adaptatifs considère des
données relatives aux apprenants, obtenues par un processus de modélisation à
partir de traces, afin d’adapter dynamiquement les activités, les ressources,
les parcours proposés, ou l’interface. Les données Candyce permettront
d'alimenter ce courant de recherche en sciences de l'apprentissage avec des
données et d'expérimenter les approches et les outils conçus en situation
réelle.

La question du développement durable soulève également dans ce domaine des
interrogations sur la soutenabilité d'une généralisation de l’analyse de
l’apprentissage et de ses outils.  Il s'agira à la fois d'estimer les quantités
de ressources (matérielles, énergétiques, etc.) nécessaires au fonctionnement de
tels dispositifs, au stockage et aux traitements des données, et de déterminer
les impacts écologiques prévisibles.

Les défis scientifiques que Candyce va permettre d'aborder sont nombreux et
divers ; ils vont bien au-delà des exemples mentionnés ci-dessus, puisqu'ils
concernent aussi bien la sécurisation des données, l'intelligence artificielle
en périphérie, la détermination de l'impact d'une pandémie en éducation, la
qualification des corpus de données et la détermination de biais,  la
personnalisation des apprentissages, etc. De plus, un défi scientifique majeur
concerne **l’étude de l’acceptabilité de Candyce, et plus généralement du
numérique scientifique, et l’évaluation de leur impact sur l’apprentissage et la
formation.** Le conseil scientifique et éthique aura notamment pour mission
d'impliquer une communauté scientifique pluridisciplinaire le plus large
possible pour favoriser et accompagner des recherches sur des thèmes divers
exploitant la richesse de l'environnement Candyce et des données collectées.

## I- Pourquoi une infrastructure libre et souveraine ?

Dans le cadre de Candyce, le choix d’une infrastructure libre et souveraine a
pour objectif :

- de garantir :

  - La durée dans le temps de la plateforme et son indépendance ;

  - La transparence des actions engagées et des solutions logicielles
    utilisées ;

  - La confiance dans une infrastructure libre et souveraine ;

  - La création de « communs » pérennes susceptibles de porter l’action continue
    des services publics comme des Edtech ;

  - La maîtrise des données générées par cette infrastructure, sur les plans
    juridiques et éthiques, et à finalités scientifiques, pédagogiques ou de
    pilotage.

- de faciliter :

  - l’adhésion des différentes communautés éducatives en leur permettant de
    participer à la création et à l’amélioration continue de l’outil ;

  - les interactions entre secteur public et secteur privé.

<!-- -->

- et enfin de créer une dynamique entre les acteurs de l’écosystème
  (enseignants, apprenants, établissements, entreprises) agile et vertueuse.

Le choix d’une infrastructure libre et souveraine se pense également en réponse
au besoin de fédération à l'échelle européenne pour proposer des infrastructures
souveraines fortes dans le domaine de l’éducation et de la formation tout au
long de la vie. Candyce est à envisager dès le lancement comme socle pour une
future infrastructure européenne, s’appuyant sur le savoir-faire européen pour
le développement de logiciel libre, l’hébergement et l’opération
d’infrastructure Cloud, offrant une alternative viable, innovante et souveraine
aux services déjà existants des GAFAM et BATX comme « Colaboratory » de Google
ou encore « SageMaker » d'Amazon. Elle est indispensable pour conserver la
maîtrise de notre capacité formative au moment où les hyperscalaires du
numérique tentent de s'accaparer le secteur.

Le soutien que le programme va apporter à la communauté européenne et
internationale des développeurs de Jupyter permettra de peser face aux menaces
d’appropriation de la technologie Jupyter par ces grands groupes à grands coups
d’extensions propriétaires, afin de rendre captives les communautés
d’utilisateurs de leurs services reproduisant des schémas à la « Android »[2].

Cette initiative française est à articuler avec les différents programmes
européens comme « Horizon Europe 2021-2027 » et « Digital Europe », en lien avec
les préconisations de l’espace de données souverain européen pour l’éducation et
les compétences (DASES) porté dans le cadre du
[Data Space « éducation et compétences »](https://www.gaia-x.eu/what-is-gaia-x/data-spaces)
de GAIA-X.

En résumé, une infrastructure libre et souveraine donne les conditions
nécessaires pour être en maîtrise des services suivants :

- héberger et mettre en œuvre des outils aujourd’hui indispensables à
  l’enseignement par et aux sciences du numériques, fiables, sécurisés et
  souverains,

- intégrer ces outils aux écosystèmes (LMS, ENT) des établissements
  d’enseignement,

- fournir un environnement unique pour l’apprenant qui soit frugal en ressources
  (par exemple permettant l'usage en local sur un ordinateur ou une tablette
  avec une connexion intermittente),

- faciliter les activités de recherche, d'exploration de données, de mise en
  œuvre d’algorithmes et de visualisation de leurs résultats,

- simplifier le partage de ces activités et la reproductibilité des résultats,

- faciliter la création de documents pédagogiques interactifs et notamment
  d'exercices à correction semi-automatique,

- assurer le partage, l’indexation et la recherche de ces ressources
  pédagogiques,

- assurer la portabilité des données d’apprentissage, l’apprenant pouvant ainsi
  réutiliser le contenu en question plus tard dans son parcours,

- simplifier l’accès aux données ouvertes et favoriser leur utilisation dans un
  contexte pédagogique,

- proposer aux établissements d’enseignement un équipement et des ressources
  favorisant la manipulation d’objets virtuels pour l’apprentissage des sciences
  (Rapport Villani - Torossian : 21 mesures pour l’apprentissage des
  mathématiques).

## II- Qu’apporte Candyce à l’enseignement ? Pourquoi Jupyter ?

Nous détaillons en [Annexe II](#_Annexe_II-) **l’apport pédagogique des carnets
numériques** (notebook ; voir Encart 1) et plus généralement de la mise à
disposition des logiciels scientifiques libres par une infrastructure comme
Candyce, via des environnements collaboratifs dédiés :

- permettre la construction d’un parcours pédagogique numérique, pendant et hors
  de la classe ;

- permettre la collaboration entre enseignants, et avec la communauté
  éducative ;

- rendre disponible et permettre la valorisation des données d’usage.

Le programme Candyce est rendu possible par la maturité des écosystèmes du
logiciel scientifique libre, et notamment de Jupyter, un « écosystème de
**logiciels libres**, de **standards ouverts** et de **services** pour le
**calcul interactif** » dont l’application phare est le carnet numérique
Jupyter.

Dans la section [Écosystème Jupyter](EcosystemeJupyter), nous faisons un bref
état de l’art de cet écosystème dont la maturité et la prééminence dans son
segment sont attestées par son adoption massive dans le monde de l’industrie, de
la recherche et de l’enseignement, à l’international comme en France. Un point
clé de ce succès est l’accent mis sur l’**interopérabilité**. C’est l’un des
principaux leviers permettant à Candyce d’être très largement technologiquement
agnostique, laissant par là **une grande liberté dans les choix pédagogiques**,
par exemple en terme de langages ou de systèmes de calcul (Python, Julia, C++,
R, SageMath et des dizaines d'autres).

:::{admonition} Encart 1 Qu'est-ce qu'un carnet numérique (notebook) ?

Un carnet numérique (ou carnet pour faire court) est un outil polyvalent,
permettant de combiner narration, interaction, calcul et programmation dans un
même document. Il est composé d’alternances entre texte enrichi (contenant des
explications, des exemples, des formules mathématiques, du contenu multimédia)
et des cellules de code, pouvant être exécutées avec visualisation du résultat
directement dans le corps du carnet. Ces cellules de codes peuvent être
utilisées comme interface de programmation dans le cadre d'un cours de
programmation ou d'exploration de données, ou comme moyen de générer un contenu
venant soutenir le propos pédagogique, dans n'importe quelle discipline. Ce
contenu peut être soit un simple fichier multimédia (vidéo, image, son), soit un
objet plus complexe : exercice interactif, modélisation 3D, mini application
interactive, etc. Chaque fois que cela est pertinent, le code peut être caché.
Par ailleurs le carnet peut être utilisé soit comme un support de cours par
l'enseignant (diapos projetées en classe, ou bien disponible à la lecture par
l'apprenant avant ou après la classe), soit comme un espace de travail dont
chaque élève dispose de sa version.

:::

## III- Articulation avec les plateformes existantes, notamment Capytale

Concernant le secondaire, Candyce s’appuie sur la plateforme Capytale,
actuellement opérée par l’Académie de Paris et déployée dans 25 académies, en
réponse aux besoins de terrain d’une communauté qui, en un an, a atteint 150 000
utilisateurs ; corps enseignant et apprenant⸱es. Capytale est également basée
sur la technologie Jupyter, et est principalement dédiée à l'apprentissage du
code au Lycée. Afin de mutualiser les ressources, le programme vise à opérer une
convergence entre l’infrastructure cible Candyce et celle de Capytale. Cette
convergence est rendue possible par le fait que ces infrastructures partagent
déjà les mêmes bases technologiques.

Cependant Capytale n’est pas simplement une infrastructure, c’est une plateforme
qui délivre des services avec une équipe, une communauté, des contenus
utilisateurs (des centaines de milliers d’activités), une bibliothèque commune
contenant des centaines de ressources éducatives libres, et une marque. Un enjeu
majeur pour la convergence est d’assurer la continuité — notamment en termes
d’expérience utilisateur — afin de capitaliser sur ces atouts essentiels.

En attendant que Candyce propose une infrastructure opérationnelle à l’échelle
du territoire national, Capytale continue d’évoluer comme un projet à la
gouvernance autonome, en coordination étroite avec Candyce afin de construire
une interopérabilité croissante en visant à terme une infrastructure unique
supportant plusieurs plateformes dédiées, dont l’une nommée Capytale pour le
scolaire. L’intégration dans Capytale de briques technologiques utilisées et
développées pour Candyce, permettra aux utilisateurs actuels de bénéficier dès
le début des avancées de Candyce.

Là où Candyce bénéficiera de la pré-existence de Capytale au niveau lycée, il
conviendra de procéder de manière incrémentale pour le déploiement au niveau
collège (voire primaire), avec une première phase reposant sur des utilisateurs
et établissements tests.

De manière similaire, certains établissements d'enseignement supérieur disposent
déjà d'un déploiement de Jupyter (CNAM, École Polytechnique, Université de
Grenoble Alpes, Université Paris-Saclay, etc.) et le programme Candyce visera à
une convergence ou interopérabilité avec ces différentes infrastructures.

[1] Voir les [témoignages](#_9044759294fcc1b3e7a02f35f20d2614) en annexe
illustrant sa forte adoption dans les grandes institutions et grands groupes.

[2] Android est à la base un système d’exploitation open source développé par
une société éponyme fondée en 2003 sur la base d’un noyau Linux. La société a
été rachetée par Google en 2005. Les versions successives sont toujours sous
licence libre mais en pratique sous maîtrise Google (voir par exemple la façon
dont Huawei a dû annuler la distribution de ses smartphones tournant dans
l’environnement Android suite à une décision du gouvernement des États-Unis).

[3] depuis les questions de sécurité, de protection des données,
d’accessibilité, interface jusqu’aux développement des conditions pour un
numérique frugal etc.
